Partager l'article ! La réponse de Dieu au problème du Mal: Chers amis lecteurs, Le présent article se veut une ébauche de réponse au dernier p ...
Chers amis lecteurs,
Le présent article se veut une ébauche de réponse au dernier
post de Miky sur la question du mal et de la souffrance. Une ébauche parce qu’il y aurait beaucoup de choses à dire et à développer, et que la présente réponse n’entend pas épuiser le
sujet, loin s’en faut. Le texte qui suit est en outre de nature à soulever de nombreuses questions sur des thèmes connexes. J’y répondrai volontiers dans la mesure de mon possible, et serais sans
doute amené à revoir le texte de ma réponse en fonction de vos commentaires, ou à publier d’autres articles complémentaires si nécessaire. En tous les cas, merci à toi Miky pour ce nouveau débat
que tu ouvres. La question est difficile, mais passionnante… Je vais tâcher maintenant d’y répondre.
Tu dis en substance : l’Eglise explique le problème du mal dans le monde par la liberté d’action que Dieu donne aux hommes. Parce que Dieu nous a créé libres et qu'Il respecte notre liberté,
il ne nous empêche pas de faire le mal chaque fois que nous décidons de le commettre. Or, dis-tu, si Dieu accorde une telle importance à notre liberté qu’elle justifie à elle
seule que soit donnée à l’homme cette terrible possibilité de faire le mal, au prix parfois de la souffrance des innocents ; si, comme tu l’écris, « notre Liberté a plus de
valeur que tout à Ses yeux » ; alors… il doit en être logiquement de même pour nous les hommes ! Nous aussi devons laisser les hommes libres de faire
le bien ou le mal. Nous aussi devons nous abstenir de toute intervention lorsqu’un homme fait le mal, par respect pour sa liberté à faire le bien ou le mal ! Sinon, cela voudrait
dire que Dieu n’est pas un bon modèle à imiter… Ainsi, si Toto est témoin d’une agression, il ne doit pas s’interposer pour venir en aide à la victime, mais laisser l’agresseur perpétrer son
méfait au nom de sa liberté à faire le mal, et cela même si la victime en pâtit, puisque telle est l’attitude de Dieu à notre égard… CQFD !
Cet argument, tu le crois « décisif et définitif ». Pour démontrer quoi ? Tu ne le dis pas clairement. Sans doute que Dieu n’existe pas, et que l’Eglise ne sait dire que
des bêtises. Mais ta remarque est-elle vraiment justifiée ?
1. Tu procèdes en fait exactement comme ont fait tous les
hérétiques de tous les temps dans l’Histoire de l’Eglise. Tu prends une vérité de la foi (en l’occurrence : Dieu veut la liberté de l’homme), et tu en tires toutes les conséquences, jusqu’à
l’absurde… au détriment des autres vérités de la foi. Or, une foi juste et équilibrée doit tenir ensemble toutes les vérités révélées, fussent-elles contradictoires en apparence, et
c’est sans doute là le difficile.
2. Dieu veut-il la liberté de l’homme ? Bien entendu ! Parce
que Dieu est Amour, qu’il nous a créé pour l’Amour, et qu’il n’est pas d’Amour sans liberté : les prosternations d’esclaves ne sont pas de l’Amour.
Le corollaire de cette vérité est que si l’homme choisit librement de faire le mal et refuse Dieu… Dieu ne le contraindra pas à choisir le Bien et à L’aimer. Il laissera l’homme à « ses
propres vues » (cf. Ps 80. 13), et c’est là tout le problème du Mal et de la souffrance, avec en arrière-fond celui de la damnation éternelle.
3. Maintenant, Dieu se résoût-il au Mal et à la Souffrance ? Dieu reste-t-il
inactif face à la prolifération du mal et du péché de l’homme ? C’est ce que tu as l’air de sous-entendre dans ton article. Ainsi quand tu écris, avec une ironie grinçante, que
« c’est précisément en pratiquant la vertu du « Laisser-faire », à l’image de l’Eternel, qu’[on] se rapproche le plus de la
perfection »…
Dieu laisse-t-il faire le mal ? En un sens oui, selon ce que nous avons écrits au point 2 ci-dessus. Mais dire cela ne suffit pas à rendre compte de la totalité du vouloir et de
l’agir divin ! Il faut rendre compte aussi du combat acharné que Dieu mène contre le Mal, et dont la Révélation nous assure qu’il se traduira un jour (nommé le Jour du
Seigneur) par la Victoire définitive et totale du Bien sur le Mal, de l’Amour sur la haine et toutes divisions, de la Joie sur toute Souffrance, de la Vie sur la Mort.
4. Tu me rétorqueras sans doute que cette lutte acharnée de Dieu contre le Mal ne
saute guère aux yeux ; qu’elle est loin d’être évidente ; qu'il n’y a qu’à regarder l’état de notre pauvre monde, pour se dire que si Dieu lutte effectivement contre le mal, Il s’y prend
décidément très mal… Et tu ne manqueras sans doute pas non plus de me faire remarquer qu’Il pourrait procéder tout autrement, puisqu’Il est Tout-Puissant… Pourquoi diable (oups !) Dieu
n’use-t-il pas de son Pouvoir Souverain sur toute chose pour mettre fin au Mal qui ravage la terre et plonge nombre de ses enfants dans la misère la plus noire et la souffrance la plus
atroce ?
Le Pape Benoît XVI a longuement médité, avec
les Jeunes réunis au Marienfeld pour les Journées Mondiales de la Jeunesse en 2005, sur le « Pouvoir » de Dieu, à partir de l’expérience que les Mages venus d’Orient ont faite à la grotte de
Béthléem, il y a un peu plus de 2000 ans. Ces Mages, venus à Jérusalem rencontrer le Roi des Juifs, « étaient (…), des personnes qui avaient les pieds sur
terre et qui savaient que, pour changer le monde, il faut disposer du pouvoir. C’est pourquoi ils ne
pouvaient chercher l’enfant de la promesse ailleurs que dans le palais du Roi.
« Maintenant cependant, ils se prosternent devant un enfant de pauvres gens, et ils en viennent rapidement à
savoir que, fort de son pouvoir, Hérode – le Roi auprès duquel ils s’étaient rendus – avait l’intention de le poursuivre, en sorte qu’il ne resterait plus à la famille que la fuite et
l’exil.
« Le nouveau Roi, devant lequel ils s’étaient prosternés, était très différent de ce qu’ils attendaient.
Ainsi, ils devaient apprendre que Dieu est différent de la façon dont habituellement nous l’imaginons. C’est ici que
commença leur cheminement intérieur. Il commença au moment même où ils se prosternèrent devant l’enfant et où ils le reconnurent comme le Roi promis.
« Mais la joie qu'ils manifestaient par leurs gestes devait s'intérioriser.
Ils devaient changer leur idée sur le pouvoir, sur Dieu et sur l’homme, et, ce faisant, ils devaient aussi se changer eux-mêmes. Maintenant, ils le constataient : le pouvoir de Dieu est différent du pouvoir des puissants de
ce monde. Le mode d’agir de Dieu est différent de ce que nous imaginons et de ce que nous voudrions lui imposer à lui aussi.
« Dans ce monde, Dieu n’entre pas en concurrence avec les formes terrestres du pouvoir. Il n’a pas
de divisions à opposer à d’autres divisions. Dieu n’a pas envoyé à Jésus, au Jardin des Oliviers, douze légions d’anges pour l’aider (cf. Mt 26, 53). Au pouvoir tapageur et pompeux de ce monde, Dieu oppose le pouvoir sans défense de l’amour qui, sur la Croix – et ensuite continuellement au cours de l’histoire –
succombe et qui cependant constitue la réalité nouvelle, divine, qui s’oppose ensuite à l’injustice et instaure le Règne de Dieu.
« Dieu est différent – c’est cela qu’ils reconnaissent maintenant. Et cela signifie que,
désormais, eux-mêmes doivent devenir différents, ils doivent apprendre le style de Dieu. »
Dans l’enfant de la crèche de Béthléem, poursuivait le Saint Père dans son homélie de Noël en 2005,
« Dieu oppose sa bonté à la violence de ce monde et il nous appelle à suivre l’Enfant. »
5. La réponse que Dieu donne « à la violence de ce monde »
et au Mal qui semble triompher partout sur cette Terre, c’est donc… son Fils. C’est Jésus-Christ qui est la réponse de
Dieu au Péché des hommes et à ses terribles conséquences. Et c’est en lui que se trouve la clef de compréhension
du mystère du Mal, ainsi que – surtout – son remède
absolu. En son Fils Jésus-Christ, Dieu nous donne le moyen infaillible, efficace, et souverainement puissant de nous arracher au Pouvoir du Mal. A nous
qui sommes embourbés dans ce monde de haine, de violence, de souffrance et de mort, Dieu donne son Fils, son unique : Jésus-Christ est la main tendue de Dieu à l’humanité
souffrante.
Il est donc inexact de dire que Dieu « laisse-faire » le Mal. Dieu n’est
pas inactif face au Mal. Il ne se résoût pas à la souffrance de ses enfants. Mais Il n’agit pas selon nos voies. Car, « autant le
ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées au-dessus de vos pensées… » déclare le Seigneur (Is. 55. 9). C’est en ce sens que Dieu est vraiment inimitable, et que nous ne pouvons pas, de fait,
l’imiter.
Ton exemple de Toto n’est donc pas pertinent, Miky. Car dans ton exemple, Toto
est totalement passif devant le mal qui se fait devant
lui. Alors que Dieu, Lui, ne l’est pas. Dieu agit contre le Mal, et puissamment. Simplement, il agit selon des voies qui n’appartiennent qu’à Lui et qui ne sont pas à la mesure de l’homme. Il y a des choses en Dieu qui ne
sont pas imitables par l’homme, tout simplement parce que Dieu est Dieu, qu’il est Tout-Puissant, et que nous ne sommes pas Dieu, et que nous ne sommes pas tous-puissants. Laissons donc Dieu être
Dieu. Et contentons-nous d’être des créatures, en agissant non pas selon l’idée que nous nous faisons du mode d’agir de
Dieu, incompréhensible à nos vues humaines, mais selon les ordres et commandements que Dieu nous donne dans la
Sainte Ecriture. Et qui sont de lutter de toutes nos forces contre le mal, de le dénoncer, à temps et à contretemps, et d’y répondre non par le mal, mais par le bien (cf. Rm 12. 9, 17,
21 ; 2 Co 13. 7 ; 1 Th 5. 15, 22 ; Tm 4. 2 ; 1 P 3. 9 et s., etc.). Car il n’est pas de manière
plus efficace de faire reculer les ténèbres que d’allumer une lumière. Et la Lumière du monde, c’est le Christ (Jn 8. 12). C’est Lui que nous sommes appelés à revêtir pour mener le bon combat de
la Lumière (Rm 13. 12, 14). C’est sa Lumière que nous sommes appelés à refléter pour que la Lumière brille sur le monde (Mt 5. 14-16). C’est Lui que Dieu, l’Inimitable, nous donne en exemple afin
que nous puissions L’imiter, Lui, le Très-Haut, en l’humanité de son Fils.
Or, qu’est venu faire Jésus sur cette Terre ? Guérir, soigner, soulager,
réconforter, pardonner, délivrer, purifier, enseigner. Mais surtout sauver. Du péché, qui est la pire des lèpres, et qui est la Cause première de tous les maux sur cette Terre. Et de la mort, qui en est le salaire (Rm
6. 23). C’est donc contre le péché et toutes ses conséquences que nous sommes invités chacun à lutter. D’abord dans notre cœur par la conversion personnelle (qui est une œuvre de chaque jour). Et ensuite autour de
nous, dans ce monde qui est le nôtre, chacun à notre place, avec les talents que Dieu nous donne, et les moyens imparfaits et limités dont nous disposons, qui n’excluent pas dans certains cas le
recours à une violence légitime (je pense par exemple à
la légitime défense sur le plan individuel, ou à l’emprisonnement des délinquants et criminels sur le plan social). En n’oubliant pas que « nous ne luttons pas contre des hommes, mais contre les forces invisibles, les puissances des ténèbres qui dominent le monde, les esprits du mal qui sont
au-dessus de nous » (Ep. 6. 12).
Lutter contre le Mal. Faire reculer le péché. A l’imitation du Seigneur. Au nom même de la Liberté de l’Homme. Telle est la mission du chrétien. C’est ainsi que nous serons le plus à l’image et à
la ressemblance de Dieu (Cf. Gn 1. 26).
6. Au nom de la Liberté de l’Homme ? Et oui ! Et c’est là que je voudrais en terminer. Tu écris que pour Dieu,
« notre Liberté a plus de valeur que tout à Ses yeux ».
Tellement de valeur que « Dieu permettrait le Mal par respect de notre Liberté ». Que « notre Liberté est la valeur suprême à préserver qui justifie
de laisser-faire tous les crimes de la Terre ».
Mais c’est se méprendre sur le sens de cette « valeur suprême » qu’est
la Liberté que Dieu veut pour l’homme ! Dieu nous a créé libre, c’est entendu. Et Dieu tient jalousement à ne pas brusquer notre liberté, afin que notre adhésion soit vraiment de l’ordre de
l’Amour, et non de la contrainte ou de la crainte. Mais Dieu sait aussi que nous avons besoin d’être libérés. Pour être vraiment libres. Car libres, nous le sommes, en un certain sens.
Mais esclaves, nous le sommes aussi. A cause du péché. « Tout homme qui commet le péché est esclave du péché »
dit Jésus (Jn 8. 34). Tu connais sans doute la fameuse lamentation de St Paul au Chapitre 7 de la lettre aux
Romains : « Je ne réalise pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas »
(Rm 7. 19).
Comme tu l’écrivais justement dans ta finale (sous l’inspiration sans doute du
Saint Esprit !) : « la véritable vocation de la Liberté humaine est d’être ordonnée à la Volonté de
Dieu ». Or, la volonté de Dieu, contrairement à ce que tu écris, n’est pas de laisser passivement les hommes
user de leur libre-arbitre pour faire le mal. La volonté de Dieu, c’est d’agir activement pour nous libérer, afin que nous soyons vraiment libres (Ga 5. 1, 13) et affranchis du péché qui nous
entrave si bien (He 12. 1). La liberté n’est donc pas un Bien à préserver coûte que coûte, et contre toute autre valeur, au sacrifice du bonheur des hommes. La Liberté est un Bien à conquérir, que Dieu veut nous donner par la médiation de Son Fils, afin que nous
puissions entrer dans un vrai bonheur, débarrassés à tout jamais du Mal et du Péché.
C’est parce que notre Liberté a plus de valeur que tout à ses yeux, que Dieu,
qui permet mystérieusement le Mal pour ne pas
contrarier notre libre-arbitre, le combat en même temps
résolument en nous donnant son Fils, qui a pour Mission Sainte de nous conduire, tel un Bon Berger, à la véritable liberté des enfants de Dieu (Rm 8. 21). Ou pour le dire d'une manière plus
synthétique : Dieu permet le mal par respect de notre libre-arbitre, mais Dieu combat le mal par amour de notre Liberté. Et il est erroné de ne
tenir pour vrai que la première partie de la proposition, ainsi que tu le fais dans ton article.
La « valeur suprême » à laquelle Dieu tient tant par-dessus tout n’est
donc pas notre libre-arbitre, qui n’est pas une fin en
soi, mais le moyen qui nous est donné pour accéder à la véritable Liberté des enfants de Dieu. La « valeur suprême » à laquelle Dieu tient tant par-dessus-tout, c’est cette Liberté-ci, qui justifie l’envoi de son Fils sur la
Terre pour que notre péché soit définitivement éradiqué et vaincu à la racine, de telle manière qu’un jour puissent cesser définitivement tous les crimes de la Terre (cf. Is 2. 4 ; Mi 4. 3).
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