Totus Tuus - Ad Jesum Per Mariam
En ce jour du 8 mai où nous commémorons la fin de la Seconde Guerre Mondiale en Europe, je
vous propose de méditer quelques passages de l'important Message du Pape Benoît XVI adressé pour la Journée Mondiale de Prière pour la Paix du 1er janvier 2007.
1. (…) J'ai voulu, à l'occasion de la Journée mondiale de la Paix, que l'attention commune se focalise sur le thème : Personne humaine, cœur de la paix. Je suis en effet
convaincu qu'en respectant la personne on promeut la paix et qu'en bâtissant la paix on jette les bases d'un authentique humanisme intégral. C'est ainsi que se prépare un avenir serein pour les
nouvelles générations.
2. La Sainte Écriture affirme : « Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme » (Gn 1,27). Parce qu'il est créé à l'image de Dieu, l'individu humain a la dignité de personne ; il n'est pas seulement quelque chose, mais quelqu'un, capable de se
connaître, de se posséder, de se donner librement et d'entrer en communion avec d'autres personnes.
En même temps, il est appelé, par grâce, à une alliance avec son Créateur, à Lui offrir une réponse de foi et d'amour que nul autre ne peut donner à sa place. C'est dans cette admirable
perspective que se comprend la tâche confiée à l'être humain de parvenir lui-même à une maturation de sa capacité d'aimer et de faire progresser le monde, en le renouvelant dans la
justice et dans la paix. Dans une synthèse saisissante, saint Augustin enseigne : « Dieu, qui nous a créés sans nous, n'a pas voulu nous sauver sans nous ». Il est par
conséquent du devoir de tous les êtres humains d'entretenir en eux-mêmes la conscience du double aspect de don et de tâche.
3. La paix est à la fois un don et une tâche. S'il est vrai que la paix entre les individus et entre les peuples — capacité de vivre
les uns à côté des autres en tissant des relations de justice et de solidarité — représente un engagement qui ne connaît pas de répit, il est aussi vrai, et même encore plus vrai, que la
paix est un don de Dieu. La paix est en effet une caractéristique de l'agir divin, qui se manifeste à la fois dans la création d'un univers ordonné et
harmonieux, et dans la rédemption de l'humanité, qui a besoin d'être rachetée du désordre du péché. Création et rédemption offrent donc la
clé de lecture qui introduit à la compréhension du sens de notre existence sur la terre.
Mon vénéré prédécesseur Jean-Paul II, en s'adressant à l'Assemblée
générale des Nations unies le 5 octobre 1995, affirmait que « nous ne vivons pas dans un monde irrationnel ou privé de sens, mais que, au contraire, il y a une logique morale qui éclaire l'existence humaine et qui rend possible le
dialogue entre les hommes et entre les peuples ». La « grammaire » transcendante, à savoir l'ensemble des règles de l'agir
individuel et des relations mutuelles entre les personnes selon la justice et la solidarité, est inscrite dans les consciences où se reflète le sage projet de Dieu. Comme
j'ai voulu le réaffirmer récemment, « nous croyons qu'à l'origine, il y a le Verbe éternel, la Raison et non l'Irrationalité ». La paix est donc
aussi une tâche qui oblige chacun à une réponse personnelle en harmonie avec le plan divin. Le critère dont doit s'inspirer une telle réponse ne peut être que le respect de la
« grammaire » écrite dans le cœur de l'homme par son divin Créateur.
Dans cette perspective, les
normes du droit naturel ne doivent pas être considérées comme des directives s'imposant de l'extérieur, contraignant presque la liberté de l'homme. Au contraire, elles doivent être
accueillies comme un appel à réaliser fidèlement le projet divin universel inscrit dans la nature de l'être humain. Guidés par de telles normes, les peuples — dans
leurs cultures respectives — peuvent ainsi s'approcher du mystère le plus grand, qui est le mystère de Dieu. La reconnaissance et le respect de la loi naturelle constituent par conséquent,
aujourd'hui encore, le grand fondement du dialogue entre les croyants des diverses religions, et entre les croyants et les non croyants eux-mêmes. C'est là un grand point de
rencontre et donc un présupposé fondamental pour une paix authentique.
4. Le devoir de respecter la dignité de tout être humain, dont la nature reflète l'image du Créateur, comporte
comme conséquence que l'on ne peut pas disposer de la personne selon son bon plaisir. La personne qui jouit d'un plus grand pouvoir politique, technologique, économique, ne peut pas s'en prévaloir pour violer les droits des personnes moins
chanceuses. C'est en effet sur le respect des droits de tous que se fonde la paix. Consciente de cela, l'Église
s'emploie à défendre les droits fondamentaux de toute personne. Elle revendique en particulier le respect de la vie et de la liberté religieuse de chacun. Le respect du droit à la vie à toutes ses étapes constitue un point fort d'une importance décisive : la vie est un don ; le sujet n'en a pas la pleine
disponibilité. De la même façon, l'affirmation du droit à la liberté religieuse met l'être humain en relation avec un Principe transcendant qui le soustrait à l'arbitraire de
l'homme. Le droit à la vie et à la libre expression de la foi en Dieu ne relève pas du pouvoir de l'homme. La
paix a besoin que s'établisse une frontière claire entre ce qui est disponible et ce qui ne l'est pas : on évitera ainsi d'introduire des éléments inacceptables dans le patrimoine
de valeurs qui est propre à l'homme en tant que tel.
5. En ce qui concerne le droit à la vie, on doit dénoncer toutes les terribles
violations qui lui sont faites dans notre société : outre les victimes des conflits armés, du terrorisme et des multiples formes de violence, il y a les morts silencieuses provoquées par la
faim, par l'avortement, par l'expérimentation sur les embryons et par l'euthanasie. Comment ne pas voir en tout cela un attentat à la paix ? L'avortement et
l'expérimentation sur les embryons constituent la négation directe de l'attitude d'accueil envers l'autre, qui est indispensable pour instaurer des relations de paix durables. Pour ce
qui concerne la libre expression de la foi, un autre symptôme préoccupant du manque de paix dans le monde est constitué par les difficultés que rencontrent souvent aussi bien les chrétiens que
les croyants d'autres religions à professer publiquement et librement leurs convictions religieuses. En parlant particulièrement des chrétiens, je dois relever avec souffrance que, parfois, ils
ne sont pas seulement empêchés ; dans certains États, ils sont même persécutés, et récemment encore on a pu enregistrer de tragiques épisodes de violence abominable. Il y a des régimes qui
imposent à tous une religion unique, tandis que des régimes indifférents nourrissent non pas une persécution violente, mais une dérision culturelle systématique des croyances religieuses. Dans
tous les cas, un droit humain fondamental n'est pas respecté, avec des répercussions graves sur la convivialité pacifique. Cela ne peut que promouvoir une mentalité et une culture négatives pour
la paix (…).
8. Dans l'encyclique Centesimus annus, Jean-Paul II écrit : « Non seulement la terre a été donnée par Dieu à l'homme qui doit en faire usage dans le respect de l'intention primitive, bonne, dans laquelle elle a été donnée,
mais l'homme, lui aussi, est donné par Dieu à lui-même et il doit donc respecter la structure naturelle et morale dont il a été doté ». C'est en répondant à cette
consigne, qui lui a été adressée par le Créateur, que l'homme, avec ses semblables, peut donner vie à un monde de paix. En
plus de l'écologie de la nature, il y a donc une « écologie » que nous pourrions appeler « humaine », qui requiert parfois une « écologie sociale ». Et cela implique
pour l'humanité, si la paix lui tient à cœur, d'avoir toujours plus présents à l'esprit les liens qui existent entre l'écologie naturelle, à savoir le respect de la nature, et l'écologie
humaine. L'expérience montre que toute attitude irrespectueuse envers l'environnement porte préjudice à la convivialité humaine, et inversement. Un lien indissoluble apparaît toujours plus
clairement entre la paix avec la Création et la paix entre les hommes. L'une et l'autre présupposent la paix avec Dieu. La poésie-prière de saint François, connue aussi comme « le
Cantique de Frère Soleil », constitue un exemple admirable — toujours actuel — de cette écologie multiforme de la paix.
9. (…) Le respect de la nature est étroitement lié à la nécessité de tisser entre les hommes et entre les Nations des relations dans lesquelles on porte attention à la dignité des personnes
et qui puissent satisfaire leurs besoins authentiques. La destruction de l'environnement, son usage impropre ou
égoïste et la mainmise violente sur les ressources de la terre engendrent des déchirures, des conflits et des guerres, justement parce qu'ils sont le fruit d'une conception inhumaine du
développement. En effet, un développement qui se limiterait à l'aspect technique et économique, négligeant la dimension morale et religieuse, ne serait pas un développement humain intégral
et finirait, parce qu'il est unilatéral, par encourager la capacité destructrice de l'homme.
10. Il est donc urgent, même dans le cadre des difficultés actuelles et des tensions
internationales, de s'engager pour donner vie à une écologie humaine qui favorise la croissance de l'arbre de la paix. Pour tenter une telle entreprise, il est nécessaire de se laisser guider par
une vision de la personne qui ne soit pas corrompue par les préjugés idéologiques et culturels, ou par des intérêts politiques et économiques, qui incitent à la haine et à la violence.
Il est compréhensible que les visions de l'homme varient en fonction des cultures. À l'inverse, on ne peut admettre que
soient entretenues des conceptions anthropologiques qui renferment en elles-mêmes le germe de l'opposition et de la violence. Les conceptions de Dieu qui incitent à l'intolérance envers nos
semblables et au recours à la violence à leur égard sont également inadmissibles. C'est un point qu'il faut rappeler avec clarté : une guerre au nom de
Dieu n'est jamais acceptable ! Quand une certaine conception de Dieu est à l'origine de pratiques criminelles, c'est le signe qu'une telle conception s'est déjà transformée
en idéologie.
11. Aujourd'hui, cependant, la paix n'est pas mise en question seulement par le conflit entre les visions réductrices de l'homme, à savoir entre les
idéologies. Elle l'est aussi par l'indifférence pour ce qui constitue la véritable nature de l'homme. En effet, de nombreux contemporains nient l'existence d'une nature humaine
spécifique et ils rendent ainsi possibles les interprétations les plus extravagantes au sujet des éléments qui sont essentiellement constitutifs de l'être humain. Ici aussi la clarté est
nécessaire : une conception « faible » de la personne, qui laisse place à n'importe quelle conception, même excentrique, ne favorise la paix qu'en
apparence. En réalité, elle empêche le dialogue authentique et elle ouvre la voie à l'apparition de positions autoritaires, conduisant ainsi à laisser la personne elle-même sans défense
et, par conséquent, à en faire une proie facile de l'oppression et de la violence.
12. Une paix véritable et stable présuppose le
respect des droits de l'homme. Si ces droits se fondent cependant sur une conception faible de la personne, comment n'en sortiraient-ils pas eux-mêmes affaiblis ? On voit ici de manière évidente l'insuffisance profonde d'une conception relativiste de la personne, lorsqu'il s'agit d'en justifier et d'en défendre les droits.
L'aporie est ici manifeste : les droits sont proposés comme absolus, mais le fondement qu'on invoque pour eux est seulement relatif. Faut-il donc s'étonner si, face
aux exigences « dérangeantes » de tel ou tel droit, quelqu'un puisse se présenter pour le contester ou pour décider de le mettre de côté ? Les droits
qui sont attribués à l'homme peuvent être affirmés sans crainte d'être démentis seulement s'ils sont enracinés dans les exigences objectives de la nature, données à l'homme par le
Créateur.
Par ailleurs, il va de soi que les droits de l'homme impliquent pour ce dernier des
devoirs. À ce sujet, le mahatma Gandhi déclarait à juste titre : « Le Gange des droits descend de l'Himalaya des
devoirs ».
C'est seulement en faisant la clarté sur ces présupposés de fond que les droits humains, aujourd'hui soumis à des attaques continuelles, peuvent être défendus de manière appropriée. Sans une
telle clarté, on finit par utiliser la même expression « droits humains », sous-entendant alors des sujets très différents entre eux : pour certains, la personne humaine marquée
par une dignité permanente et des droits toujours valables, partout et pour quiconque ; pour d'autres, une personne à la dignité changeante et avec des droits négociables dans leur contenu,
dans le temps et dans l'espace.
13. Les Organisations internationales font constamment référence à la sauvegarde des droits humains, en particulier l'Organisation des Nations unies qui, par la
Déclaration universelle de 1948, s'est donné comme tâche fondamentale la promotion des droits de l'homme. Cette Déclaration est vue comme une sorte d'engagement moral assumé par l'humanité tout
entière. Cela comporte une vérité profonde, surtout si les droits décrits dans la Déclaration sont considérés comme ayant leur fondement non seulement dans la
décision de l'assemblée qui les a approuvés, mais dans la nature même de l'homme et dans son inaliénable dignité de personne créée par Dieu. Il est donc important que les Organisations internationales ne perdent pas de vue le fondement naturel des droits de l'homme. Cela les soustraira au risque,
malheureusement toujours latent, de glisser vers une interprétation qui serait uniquement positiviste. Si cela devait arriver, les Organismes internationaux seraient privés de l'autorité
nécessaire pour jouer leur rôle de défenseur des droits fondamentaux de la personne et des peuples, principale justification de leur raison d'être et d'agir.
Lire le texte intégral du Message du Pape Benoît XVI

Existe-t-il des raisons de croire?
Notre série d'articles en réponse à Miky :
1- Existe-t-il des preuves de l'existence de
Dieu?
2- Les limites de la démarche
scientifique
3- La foi chrétienne : une expérience personnelle ancrée
dans une Histoire
4- Annexe 1 : Dieu
existe-t-il?
5- Annexe 2 : Est-il raisonnable de croire en
Dieu?
6- Annexe 3 : La Raison, trait d'union entre la
Science et la Foi
7- Annexe 4 : Foi et
mathématiques
8- Annexe 5 : Le mystère
Jésus
9- Annexe 6 : Peut-on croire en la Résurrection du
Christ?
10- Annexe 7 : Débat sur le "dessein
intelligent" et l'existence de Dieu avec Miky et le Pasteur Eric George

La vérité de la foi
Notre série d'articles en réponse à Christophe Moreau :
1- Introduction
2- Sur l'existence de Dieu
3- Sur la vérité du
monothéisme
4- Sur la vérité du
christianisme
5- Sur la vérité du catholicisme
(1)
6- Sur la vérité du catholicisme
(2)
7- Sur la vérité du catholicisme
(3)
8- Sur la vérité du catholicisme
(4)
9- Annexe 1: Pourquoi
Rome?
Le mystère du mal
1- La réponse de Dieu au problème du mal
2- Pourquoi Dieu permet-il le mal?
3- Si Dieu existe, pourquoi le
mal?

La Sola Scriptura en débat
Notre disputatio avec le Pasteur Eric George :
1- La Sola Scriptura est-elle bibliquement
fondée?
2- La Sola Scriptura, ou tradition contre
Tradition
3- La Sola Scriptura à l'épreuve des
Ecritures

L'Eglise et les révélations privées
Notre série d'articles en réponse au Père Raniero Cantalamessa :
1- La Bible... ou les astres?
2- Canon 1399 § 5
3- Les révélations privées... au service
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4- Marie, la femme de l'Evangile
5- Annexe 1 : Cantalamessa à
Medjugorje
6- Annexe 2 : 600 prêtres à
Medjugorje!
5- Annexe 3 : Medjugorje et ses
détracteurs
6- Annexe 4 : Pourquoi je crois
en Medjugorje
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