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Vendredi 20 novembre 2009

Le 26 février 2009, le pape Benoît XVI a rencontré les curés et les prêtres du diocèse de Rome, comme il le fait chaque année en début du carême. Les prêtres ont posé plusieurs questions sur différents thèmes dont celle-ci.

Question –
Le père Pietro Riggi, salésien a déclaré : « Le Concile Vatican II a apporté beaucoup de changements très importants dans l'Eglise, mais il n'a pas aboli ce qui existait déjà. Il me semble que plusieurs prêtres ou théologiens voudraient faire passer comme l'esprit du Concile ce qui au contraire n'a rien à voir avec le Concile lui-même. Par exemple, les indulgences. Il existe le Manuel des indulgences de la Pénitencerie apostolique ; à travers les indulgences, on puise au trésor de l'Eglise et on peut prier pour les âmes du Purgatoire. Il existe un calendrier liturgique qui précise quand et comment il est possible d'obtenir les indulgences plénières, mais de nombreux prêtres n'en parlent plus, empêchant ainsi de faire arriver des prières importantes aux âmes du Purgatoire. Ensuite, les bénédictions. Il existe le Manuel des Bénédictions, dans lequel est prévue la bénédiction de personnes, de lieux, d'objets et même de nourriture. Mais de nombreux prêtres ne connaissent pas tout cela, et d'autres les considèrent comme pré-conciliaires, et renvoient ainsi les fidèles qui demandent ce qui devrait leur revenir de droit.

« Les pratiques de piété les plus connues. Les premiers vendredis du mois n'ont pas été abolis par le Concile Vatican II, mais de nombreux prêtres n'en parlent plus, ou encore en parlent mal. Aujourd'hui, il existe un sentiment d'aversion à l'égard de tout cela, car on les considère comme antiques et nuisibles, comme des choses anciennes et préconciliaires ; je pense au contraire que toutes ces prières et pratiques chrétiennes sont très actuelles et très importantes, qu'elles doivent être reprises et expliquées de façon adéquate au Peuple de Dieu, dans un juste équilibre et dans la vérité complète de Vatican II »
.

Benoît XVI – Il s'agit de réalités dont le Concile n'a pas parlé, mais qu'il suppose être des réalités de l'Eglise. Celles-ci vivent dans l'Eglise et se développent. Ce n'est pas le moment ici d'entrer dans le vaste thème des indulgences. Paul VI a réformé ce thème et nous a indiqué le fil pour le comprendre. Je dirais qu'il s'agit simplement d'un échange de dons, c'est-à-dire de ce qu'il existe de bon dans l'Eglise, ce qui existe pour tous.
Avec cette clé de l'indulgence, nous pouvons entrer dans cette communion des biens de l'Eglise. Les protestants s'opposent en affirmant que l'unique trésor est le Christ. Mais pour moi, ce qu'il y a de merveilleux, c'est que le Christ – qui est réellement plus que suffisant dans son amour infini, dans sa divinité et dans son humanité – voulait ajouter à ce qu'il a fait également notre pauvreté. Il ne nous considère pas uniquement comme des objets de sa miséricorde, mais il fait de nous des sujets de sa miséricorde et de son amour pour Lui, comme si – même si ce n'est pas de façon quantitative, mais au moins de façon mystérieuse – il voulait nous ajouter au grand trésor du Corps du Christ. Il voulait être la Tête avec le Corps. Et il voulait qu'avec son Corps soit complété le mystère de sa rédemption. Jésus voulait avoir l'Eglise comme son Corps, dans lequel se réalise toute la richesse de ce qu'il a fait. De ce mystère résulte précisément qu'il existe un thesaurus ecclesiae, que le Corps, comme la Tête, donne beaucoup et que nous pouvons recevoir l'un de l'autre et donner l'un à l'autre.

Et cela vaut également pour les autres choses, par exemple, les vendredis du sacré Cœur : il s'agit d'une chose très belle dans l'Eglise. Ce ne sont pas des choses nécessaires, mais qui ont mûri dans la richesse de la méditation du mystère. Ainsi, le Seigneur nous offre ces possibilités dans l'Eglise. Je ne pense pas que ce soit ici le lieu d'entrer dans tous les détails. Chacun peut plus ou moins comprendre ce qui est important ou non ; mais personne ne devrait mépriser cette richesse, développée au fil des siècles comme un don et comme une multiplication des lumières dans l'Eglise. La lumière du Christ est unique. Elle apparaît dans toutes ses tonalités et offre la connaissance et la richesse de son don, l'interaction entre la Tête et le Corps, l'interaction entre les membres, afin que nous puissions être véritablement ensemble un organisme vivant, dans lequel chacun donne à tous et tous donnent le Seigneur, qui nous a donné son être tout entier.


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Par Matthieu BOUCART - Publié dans : Benoit XVI - Communauté : Praedicatho.com
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Mercredi 18 novembre 2009

Le 26 février 2009, le pape Benoît XVI a rencontré les curés et les prêtres du diocèse de Rome, comme il le fait chaque année en début du carême. Les prêtres ont posé plusieurs questions sur différents thèmes dont celle-ci.

Question de Don Marco Valentini, vicaire de la paroisse « Sant'Ambrogio » :
Sans rien ôter à la formation humaine, philosophique, psychologique, dans les universités et les séminaires, je voudrais comprendre si notre spécificité n'exige pas une formation liturgique plus approfondie, ou bien si la pratique et la structure actuelle des études répondent de manière satisfaisante à la Constitution Sacrosanctum Concilium n. 16, lorsqu'elle dit que la liturgie doit être comptée au nombre des matières nécessaires et les plus importantes, principales et doit être enseignée sous l'aspect théologique, historique, spirituel, pastoral et juridique et que les professeurs des autres matières doivent avoir soin que le lien avec la liturgie soit clair. Je pose cette question parce que, m'appuyant sur le préambule du décret Optatam totius, il me semble que les multiples actions de l'Eglise dans le monde et notre propre pratique pastorale, dépendent beaucoup de notre propre conscience du mystère inépuisable d'être baptisés, confirmés et prêtres.

Benoît XVI –
Donc, si j'ai bien compris, la question est la suivante : quel est, dans l'ensemble de notre travail pastoral, multiple et aux très nombreuses dimensions, l'espace et le lieu de l'éducation liturgique et de la réalité de la célébration du mystère. En ce sens, me semble-t-il, c'est aussi une question sur l'unité de notre annonce et de notre travail pastoral, qui a un grand nombre de dimensions. Nous devons chercher quel est le point d'unité, afin que ces nombreuses occupations qui sont les nôtres soient toutes ensemble un travail du pasteur. Si j'ai bien compris, vous êtes de l'avis que le point d'unité, qui crée la synthèse de toutes les dimensions de notre travail et de notre foi, pourrait être précisément la célébration des mystères. Et, donc, la mystagogie, qui nous apprend à célébrer.

Selon moi, il est réellement important que les sacrements, la célébration eucharistique des sacrements, ne soit pas quelque chose d'un peu étrange à côté de travaux plus contemporains comme l'éducation morale, économique, tout ce que nous avons déjà dit.
Il peut facilement arriver que le sacrement reste un peu isolé dans un contexte plus pragmatique et qu'il devienne une réalité qui ne soit pas tout à fait intégrée à la totalité de notre être humain. Merci de cette question, parce que nous devons réellement enseigner à être homme. Nous devons enseigner ce grand art : comment être un homme. Cela exige, comme nous l'avons vu, beaucoup de choses : de la grande dénonciation du péché originel aux racines de notre économie et dans les nombreuses branches de notre vie, jusqu'à des orientations concrètes sur la justice, jusqu'à l'annonce aux non-croyants. Mais les mystères ne sont pas quelque chose d'exotique dans l'univers des réalités plus concrètes. Le mystère est le cœur d'où provient notre force et auquel nous retournons pour trouver ce centre. Et c'est la raison pour laquelle je pense que la catéchèse, disons, mystagogique est réellement importante. Mystagogique veut aussi dire réaliste, qui se réfère à notre vie à nous, hommes d'aujourd'hui. S'il est vrai que l'homme n'a pas en lui-même sa propre mesure – qu'est-ce qui est juste et qu'est-ce qui ne l'est pas – mais trouve sa mesure en dehors de lui-même, en Dieu, il est important que ce Dieu ne soit pas lointain mais puisse être reconnu, qu'il soit concret, qu'il entre dans notre vie et qu'il soit réellement un ami avec lequel nous puissions parler et qui parle avec nous. Nous devons apprendre à célébrer l'Eucharistie, apprendre à connaître Jésus Christ, le Dieu à visage humain, de près, entrer réellement en contact avec Lui, apprendre à l'écouter, apprendre à le laisser entrer en nous. Parce que la communion sacramentelle est précisément cette interpénétration entre deux personnes. Je ne prends pas un morceau de pain ou de chair, je prends ou j'ouvre mon cœur pour que le Ressuscité entre en moi, pour qu'il soit en moi et pas seulement en dehors de moi, et qu'il parle ainsi en moi et transforme mon être, me donne le sens de la justice, le dynamisme de la justice, le zèle pour l'Evangile.

Cette célébration, dans laquelle Dieu se fait non seulement proche de nous mais entre dans la trame de notre existence, est fondamentale pour pouvoir réellement vivre avec Dieu et pour Dieu et porter la lumière de Dieu dans ce monde.
N'entrons pas à présent dans trop de détails. Mais il est toujours important que la catéchèse sacramentelle soit une catéchèse existentielle. Naturellement, tout en acceptant et en apprenant toujours davantage la dimension de mystère – là où s'arrêtent les paroles et les raisonnements – elle est totalement réaliste, parce qu'elle me conduit à Dieu et conduit Dieu à moi. Elle me conduit à l'autre parce que l'autre reçoit le Christ lui-même, tout comme moi. Donc si en lui et en moi il y a le même Christ, nous ne sommes plus, nous-mêmes, des individus séparés. C'est ici que naît la doctrine du Corps du Christ, parce que nous somme tous incorporés si nous recevons bien l'Eucharistie dans le Christ lui-même. Alors mon prochain m'est réellement proche : nous ne sommes pas deux « moi » séparés, mais nous sommes unis dans le même « moi » du Christ. En d'autres termes, la catéchèse eucharistique et sacramentelle doit réellement arriver au cœur de notre existence, être réellement une éducation à nous ouvrir à la voix de Dieu, à accepter de nous ouvrir pour qu'elle brise ce péché originel de l'égoïsme et qu'elle soit une ouverture en profondeur de notre existence, afin que nous puissions devenir de vrais justes. En ce sens il me semble que nous devons tous toujours mieux apprendre la liturgie, non comme quelque chose d'exotique, mais comme le cœur de notre être en tant que chrétiens, qui ne s'ouvre pas facilement à un homme distant, mais qui est véritablement, d'autre part, l'ouverture vers l'autre, vers le monde. Nous devons tous collaborer pour célébrer toujours plus en profondeur l'Eucharistie : non seulement comme un rite, mais comme un processus existentiel qui nous touche dans notre intimité, plus que toute autre chose, et nous change, nous transforme. Et qui, en nous transformant, inaugure également la transformation du monde que le Seigneur désire et pour laquelle il veut faire de nous ses instruments.


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Par Matthieu BOUCART - Publié dans : Benoit XVI - Communauté : Communauté de prière
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Mardi 17 novembre 2009

Le 26 février 2009, le pape Benoît XVI a rencontré les curés et les prêtres du diocèse de Rome, comme il le fait chaque année en début du carême. Les prêtres ont posé plusieurs questions sur différents thèmes dont celle-ci.

Question –
La quatrième question a été posée par Don Giampiero Ialongo, qui exerce son ministère dans la périphérie de Rome où les conséquences de la crise sont particulièrement dramatiques. Aux côtés de la « Caritas », la paroisse tente de venir en aide aux personnes en difficulté mais selon le P. Ialongo il s'agit d'un véritable état d'urgence. Don Giampiero a expliqué que l'Eglise apporte certes une aide concrète mais elle n'apporte pas de solution. Il s'est interrogé sur les raisons de cette crise généralisée...

Benoît XVI – (…)
Cette question (…) touche le point sensible des problèmes de notre temps. Je distinguerais deux niveaux. Le premier est le niveau de la macroéconomie, qui ensuite se réalise, jusqu'au dernier citoyen, lequel subit les conséquences de l'échec d'un système. Naturellement, l'Eglise a le devoir de le dénoncer. Comme vous le savez, depuis longtemps nous préparons une Encyclique sur ces thèmes. Dans ce long chemin, je m'aperçois à quel point il est difficile de parler avec compétence d'une certaine réalité économique, parce que si on ne l'affronte pas avec compétence, on ne peut pas être crédible. Et, d'autre part, cela nécessite aussi une grande conscience éthique, disons créée et réveillée par une conscience formée par l'Evangile. L'Eglise a donc le devoir de dénoncer ces erreurs fondamentales, que révèle aujourd'hui l'effondrement des grandes banques américaines, des erreurs de fond : en fin de compte, l'avarice de l'homme comme péché ou, comme le dit l'Epître aux Colossiens, l'avarice comme idolâtrie. Nous devons dénoncer cette idolâtrie, qui va contre le vrai Dieu, et constitue une contrefaçon de l'image de Dieu à travers un autre dieu, Mammon. Nous devons le faire avec courage, mais aussi concrètement. Parce que les grandes idées morales sont inutiles si elles ne s'appuient pas sur la connaissance de la réalité, qui aide aussi à comprendre ce que l'on peut faire concrètement pour changer petit à petit la situation. Et, naturellement, pour y parvenir, la connaissance de cette vérité et la bonne volonté de tous sont nécessaires.

Nous touchons ici au point crucial : le péché originel existe-t-il réellement ? S'il n'existait pas, nous pourrions faire appel à la raison lucide, sur la base d'arguments accessibles à chacun et incontestables, ainsi qu'à la bonne volonté qui existe en tous. Simplement de cette façon, nous pourrions aller de l'avant et réformer l'humanité. Mais ce n'est pas le cas : la raison – même la nôtre – est obscurcie, nous le constatons chaque jour. Car l'égoïsme, la racine de l'avarice, réside dans le fait de vouloir avant tout soi-même, et le monde pour soi. Et il existe en nous tous. C'est cela, l'obscurcissement de la raison : elle peut être très savante, s'appuyer sur de très beaux arguments scientifiques, mais n'en est pas moins obscurcie par de fausses prémisses. Ainsi s'aventure-t-elle avec une grande intelligence et à grands pas sur la mauvaise route. Même la volonté est, disons, courbée, comme l'observent les Pères de l'Eglise : elle n'est pas simplement encline à faire le bien, mais elle cherche avant tout son propre moi, ou le bien de son propre groupe. Et donc trouver réellement la voie de la raison, de la raison vraie, déjà ce n'est pas toujours facile ; la développer dans un dialogue, c'est très difficile. Sans la lumière de la foi, qui pénètre dans les ténèbres du péché originel, la raison est impuissante à avancer. Mais la foi se heurte ensuite à la résistance de notre volonté. Celle-ci refuse de voir le chemin, qui constituerait aussi un chemin de renoncement à soi-même et de correction de sa propre volonté en faveur de l'autre, et non pour soi.

Je dirais donc qu'il faut dénoncer de façon raisonnable et raisonnée les erreurs, non pas avec de grands appels à la morale, mais sur la base d'arguments concrets et compréhensibles par tous dans le monde de l'économie actuelle. Le faire est important, c'est la mission de l'Eglise depuis toujours. Nous savons que, dans la situation nouvelle qui a été créée avec le monde industriel, la doctrine sociale de l'Eglise, depuis Léon XIII, a cherché non seulement à dénoncer les erreurs – ce qui ne suffit pas – mais elle montre aussi la voie, les chemins difficiles où, pas après pas, sont requis l'assentiment de la raison et l'assentiment de la volonté, en même temps que la correction de notre conscience, la volonté de renoncer dans un certain sens à soi-même pour pouvoir collaborer avec ce qui est le véritable but de la vie humaine, de l'humanité.

Ceci dit,
l'Eglise a toujours le devoir d'être vigilante, de chercher par elle-même et de son mieux à connaître les arguments du monde économique, d'entrer dans ce raisonnement et d'éclairer ce raisonnement grâce à la foi qui nous libère de l'égoïsme et du péché originel. L'Eglise doit entrer dans ce discernement, dans ce raisonnement, faire entendre sa voix, également aux différents niveaux nationaux et internationaux, pour aider et corriger. Et ce n'est pas un travail facile, compte tenu de nombreux intérêts personnels et de groupes nationaux qui s'opposent à une correction radicale. C'est peut-être du pessimisme, mais cela me semble être plutôt du réalisme : tant qu'existe le péché originel, nous ne parviendrons jamais à une correction radicale et totale. Néanmoins, nous devons tout faire pour que soient opérées des corrections au moins provisoires, suffisantes pour faire vivre l'humanité et pour contrer la prédominance de l'égoïsme, qui se présente sous des prétextes de science, d'économie nationale et internationale.

Ceci est le premier niveau. L'autre est d'être réaliste. Et de comprendre que ces grands objectifs de la macro-science ne se réalisent pas dans la micro-science – la macroéconomie dans la micro-économie – sans la conversion des cœurs. S'il n'y a pas de justes, il n'y a pas non plus de justice. Nous devons accepter cela. Voici pourquoi la formation à la justice est un objectif prioritaire, voire même la priorité. Parce que saint Paul dit que la justification est l'effet de l'oeuvre du Christ, n'est pas un concept abstrait, concernant des péchés qui aujourd'hui ne nous intéressent pas, mais se réfère précisément à la justice intégrale. Dieu seul est en mesure de nous la donner, mais il nous la donne avec notre coopération à différents niveaux, à tous les niveaux possibles.

De bons modèles économiques sont nécessaires, mais ne peuvent créer à eux seuls la justice dans le monde. La justice ne peut se réaliser qu'avec des hommes justes. Et ceux-ci n'existent pas s'il n'y a pas le travail humble, quotidien, pour convertir les coeurs. Et pour créer la justice dans les coeurs. C'est seulement ainsi que se répand également la justice corrective. Voilà pourquoi le travail du curé est si fondamental, pas seulement pour la paroisse, mais aussi pour l'humanité. Parce que s'il n'y a pas d'hommes justes, comme je l'ai dit, la justice demeure abstraite. Et on ne réalise pas de bonnes structures, si l'égoïsme de personnes, même compétentes, s'y oppose.

Notre travail, humble, quotidien, est fondamental pour atteindre les grands objectifs de l'humanité. Et nous devons oeuvrer ensemble à tous les niveaux. L'Eglise universelle a le devoir de dénoncer, mais aussi d'annoncer ce qu'on peut faire et comment on peut le faire. Les conférences épiscopales et les évêques doivent agir. Mais tous nous avons le devoir d'éduquer à la justice. Il me semble qu'aujourd'hui encore, le dialogue d'Abraham avec Dieu reste vrai et réaliste (Gn. 18, 22-33), lorsque le premier dit : vas-tu vraiment détruire la ville ? Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville ! Peut-être dix justes. Et dix justes sont suffisants pour que la ville survive. Aujourd'hui, s'il manque dix justes, avec toute la doctrine économique du monde, la société ne survivra pas. C'est pourquoi nous devons tout faire pour former et garantir au moins dix justes, mais si possible beaucoup plus. Précisément avec notre annonce, faisons en sorte qu'il y ait un grand nombre de justes, que la justice soit vraiment présente dans le monde.

Quant aux effets, les deux niveaux sont inséparables. Si, d'un côté, nous n'annonçons pas la macro-justice, la micro-justice ne s'étendra pas. Mais, d'un autre côté, si nous n'effectuons pas un travail très humble de micro-justice, la macro-justice ne se développera pas non plus. Et toujours, comme je l'ai dit dans ma première Encyclique, avec tous les systèmes qui peuvent se développer dans le monde,
au-delà de la justice que nous recherchons, la charité demeure nécessaire. Ouvrir les cœurs à la justice et à la charité, c'est former à la foi, guider vers Dieu.
 

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Par Matthieu BOUCART - Publié dans : Benoit XVI - Communauté : Le champ du monde
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Dimanche 15 novembre 2009

Je me suis récemment inscrit à la Fraternité des âmes délaissées du Purgatoire. Cette Fraternité dépend du sanctuaire de Notre-Dame de Montligeon, et moyennant une offrande symbolique (30 €), je me trouve lié spirituellement et perpétuellement aux membres de cette « paroisse invisible » et sans frontières qui compte plusieurs millions d’adhérents de par le monde. Je bénéficie en particulier des grâces obtenues par la célébration de toutes les messes, ce qui constitue un précieux soutien dans ma vie quotidienne de foi et de prière.

Cette adhésion m’a valu un abonnement gratuit de 6 mois à la revue du Sanctuaire : « Chemins d’éternité ». J’ai reçu cette semaine la livraison des mois de novembre/décembre 2009 consacrée aux Indulgences, et je voudrais vous partager ma joie et mes découvertes à la lecture de ce numéro vraiment
indispensable que je ne saurais que trop vous recommander.

« Le sujet des indulgences pose aux chrétiens de nombreuses questions
, introduit l’éditorial du Père Paul Préaux, recteur de la Basilique de Notre-Dame de Montligeon. Il s’agit, il est vrai d’un sujet délicat, à l’origine de ruptures dramatiques » (p. 3).

Le Père Jean-Robert Armogathe, aumônier de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, rappelle à cet égard le grand conflit ayant opposé Martin Luther à l’Eglise catholique, coupable à ses yeux d’
« abus récurrents, le principal étant la simonie, le trafic de ces indulgences. ». Il a fallu tout le travail des Papes et des évêques pour « canaliser une piété populaire attachée à cette pratique : il fallait surtout éviter la spéculation sur l’au-delà » (p. 18). On ne marchande pas l’amour de Dieu.

Les mentalités catholiques d’aujourd’hui restent manifestement marquées par les conflits et abus d’autrefois. Car de fait, la pratique des indulgences semble plutôt délaissée par les fidèles.
« Ce qui est étonnant, remarque le P. Préaux, c’est que devant la richesse d’un tel trésor dont nous sommes dépositaires, bien peu de catholiques se sentent impliqués ». La revue « Chemins d’éternité » nous invite donc à redécouvrir ce grand don des Indulgences et à en tirer tout le profit spirituel qui s'y trouve attaché : « soyons indulgents avec les indulgences ! » nous exhorte le P. Préaux.

Mais de quoi parle-t-on au juste ?
« En latin, l’indulgence n’a rien à voir avec la vertu de ce nom en français : c’est une remise de peine » (P. Armogathe). Quelle peine ? Celle causée par notre attachement au péché. On pourrait entendre ici le mot « peine » non pas tant dans son acception pénale que dans le sens où le péché nous rend « triste ». On se souvient de la péricope du jeune homme riche dans l’Evangile, qui après avoir interrogé Jésus sur les moyens d’aller au Ciel, repart « tout triste parce qu’il avait de grands biens » (Mt 19. 22)… Le péché nous aliène et nous rend malheureux (même si nous avons le sentiment du contraire). Or, c’est de cette misère qu’il convient précisément d’être détaché. Ce détachement peut-être un véritable arrachement, à raison du profond enracinement du péché dans notre cœur. Et c’est ce qui explique sans doute la souffrance des âmes du Purgatoire. Mais cette souffrance nous délivre d’une douleur encore plus grande : celle qui résulte de notre éloignement de Dieu, notre seul vrai bonheur. En outre, elle n’est pas inévitable : les indulgences nous en libèrent. Preuve s’il en était besoin que ce n’est pas la souffrance en tant que telle qui purifie, mais bien l'Amour de Dieu.

Mais si tel est vraiment le cas, pourquoi alors le sacrement de réconciliation (qui est par excellence le sacrement de l'Amour de Dieu) n’efface-t-il pas toute la peine causée par le péché ? Parce que si le pardon des péchés a pour effet de remettre effectivement la dette du pécheur et de le rétablir dans sa dignité d’enfant de Dieu, il reste à l’homme de se mettre en mouvement pour manifester l’adhésion de sa liberté à cette toute nouvelle condition qui résulte de la grâce sacramentelle. Cette mise en mouvement est une exigence intrinsèque au don de la Miséricorde. Car une fois relevé, il n’est pas possible de faire comme s’il ne s’était rien passé, comme si la faute n’avait pas été commise, comme si elle n’avait pas eu de conséquences. Je dois m’efforcer de réparer ce qui peut l’être ; c’est là une nécessité de l’Amour même. Si je n’y procédais pas, je manifesterais une bien grande ingratitude qui me maintiendrait dans l’égoïsme et donc, dans le péché. Pour sortir du péché, me purifier de l’égoïsme et en guérir, le pardon reçu ne suffit pas : je dois encore poser un acte d’amour qui va me resituer dans la Justice ; et c’est cet acte qui va parachever l’œuvre de la Miséricorde accomplie dans le sacrement du pardon (cf. Mt 18. 23-34). Celui-ci ne peut donc produire ses fruits de guérison qu’en tant que l’homme participe lui-même activement à la
réparation du péché commis.

Pour mieux comprendre ce lien entre pardon de Dieu et réparation de l'homme, Don François-Regis Moreau, prêtre de la Communauté Saint-Martin, nous donne une image : celle
« d’un enfant qui aurait cassé un vase à la maison : il va demander pardon à ses parents, et sa faute est effacée ; mais il n’en demeure pas mois que le vase reste brisé ! » Le pénitent est donc invité à réparer son péché. C’est là la « peine » due au péché ; une exigence de la Miséricorde même qu'il a reçue et dont il vit désormais, à charge pour lui de le manifester dans ses actes.

« Tous les théologiens chrétiens conviennent de l’objectivité de la blessure que cause le péché. Luther rejetait fermement toute tentative d’alléger la pénitence qu’impliquait cette sanctification. Tout péché est une atteinte à l’ordre du monde. Le repentir permet d’obtenir le pardon de Dieu et la réintégration du pécheur dans la communion ; mais ce qui a été cassé ne peut être que réparé, recollé.
Il reste une trace matérielle du mal causé, y compris dans le pécheur lui-même : l’homme doit être progressivement guéri des conséquences négatives que le péché a causées en lui. »
(P. J.-R. Armogathe, p. 19).

Le don de l'indulgence (par laquelle l’exigence de réparation est totalement ou partiellement satisfaite) est donc indéfectiblement lié, lui aussi, au sacrement du pardon.
« Le sacrement de réconciliation vient rétablir mon lien avec Dieu. L’indulgence elle, vient une fois que le sacrement du pardon a été donné. Ce n’est pas l’un ou l’autre, c’est l’un après l’autre. » (Père Jean-Philippe Nault, recteur du sanctuaire d’Ars, p. 1). « La théologie catholique (…) situe les indulgences dans le contexte de l’agir sacramentel du Christ-Rédempteur à travers le sacrement de réconciliation pénitente » (P. Bertrand de Margerie, in Le Mystère des Indulgences, editions P. Lethielleux, cité p. 13).

Le Père Nault évoque à ce sujet la distinction classique entre la « peine éternelle » et la « peine temporelle » dues au péché. La peine éternelle est celle qui résulte du péché, en tant qu’il me coupe de Dieu. Le peine est dite éternelle
« parce qu’elle dure tant que je ne reviens pas à Dieu ». « Quand je vais me confesser, je renoue ce lien plus ou moins abîmé ».

La « peine temporelle » est celle qui résulte des conséquences du péché, qui laisse des séquelles plus ou moins graves selon la gravité de la faute commise. Cette peine est satisfaite par les bonnes oeuvres du pénitent, ou dans le Purgatoire… à moins qu’elle ne soit purement et simplement remise par la grâce de l’indulgence. La pratique de l’indulgence constitue ainsi
« une application concrète du principe selon lequel, dans le Royaume de Dieu, tout est DON, don grâcieux et immérité, et en même temps – dans le mystère de la Providence divine – [un rappel de ce que] nous sommes appelés, dès maintenant, à coopérer humblement à l’édification de ce Royaume. » (P. Préaux, p. 3).

Les indulgences sont accordées par le Pape, successeur de Saint Pierre, en vertu du « pouvoir des clés » qui lui a été conféré par le Christ :
« Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aux cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aux cieux » (Mt. 16. 19). Elles puisent dans le trésor de la communion des Saints, « constitué des satisfactions surabondantes de Jésus-Christ, de la Vierge et de tous les Saints » : « Nous participons au merveilleux échange des biens spirituels dans lequel la sainteté de l’un profite aux autres, bien au-delà des dommages que le péché de l’un a pu causer aux autres » (Jeanine le Goff, p. 14). Les indulgences ne contredisent pas la Justice divine, puisqu’en les obtenant, nous nous approprions les mérites du Seigneur Jésus et de tous les Saints du ciel ; nous faisons nôtres leurs propres mérites, et leurs propres actes de réparation. Nos péchés sont donc bien réparés et la peine temporelle satisfaite, mais par d’autres que nous, en vertu de la solidarité qui nous unis dans le Christ. Pour reprendre notre exemple de l’enfant qui a cassé le vase, il faut imaginer qu’il soit aidé dans son acte de réparation par sa maman et sa grande sœur. Or, l’Eglise est une grande famille ! Par la pratique de l’indulgence, nos frères et sœurs aînés dans la foi viennent à notre secours et font l'essentiel du "travail", par la grâce de Dieu. C'est ainsi que « dans l’indulgence, il y a un surplus de miséricorde » (P. Nault). Jean-Paul II parlait de l'indulgence comme du « don total de la miséricorde ».

Il pourra paraître choquant à certains que le sacrifice du Seigneur Jésus-Christ sur la Croix ne suffisent pas à tout réparer. Mais quand on y réfléchit, cela renvoi à une vérité très profonde de notre foi, à savoir que
« Dieu fait tout pour nous, mais pas en dehors de nous » (Jeanine Le Goff). Si Dieu agissait sans nous, il manquerait quelque chose. Or, c’est ce manque que nos œuvres viennent combler. Non pas les œuvres de la loi, qui ne sanctifient pas, mais les œuvres de la foi, dont parle St Jacques dans son Epître (2. 14-26). Les œuvres de la foi viennent compléter « ce qui manque aux souffrances du Christ pour son Corps qui est l’Eglise » (Rm 1. 24). Le P. Armogathe nous invite à contempler l’Eglise décrite dans l’Apocalypse comme l’épouse vêtue d’une simple robe de lin blanc, d’une étoffe pure et resplendissante, lequel lin blanc représente selon Saint Jean « les bonnes actions des Saints ».

En conséquence, si le Royaume de Dieu est un don gratuit que nous ne pouvons pas « mériter » par nos « bonnes œuvres », il n’en demeure pas mois que
« notre agir n’est pas indifférent devant Dieu et qu’il n’est donc pas non plus indifférent pour le déroulement de l’Histoire. Nous pouvons nous ouvrir nous-mêmes, ainsi que le monde, à l’entrée de Dieu : de la vérité, de l’amour, du bien. C’est ce qu’ont fait les Saints, qui, comme « collaborateurs de Dieu » ont contribué au Salut du monde (cf. 1 Co 3. 9 ; 1 Th. 3. 2). Nous pouvons libérer notre vie et le monde des empoisonnements et des pollutions qui pourraient détruire le présent et l’avenir. » (Benoît XVI, Encyclique Spe Salvi, n°35).

« Le Christ est l’unique Sauveur des hommes,
affirme Jeanine le Goff, mais Il a besoin de nous comme Il a eu besoin de Marie pour que son Fils vienne sur terre » (p. 14).

Si les indulgences nous permettent d'échapper à la peine temporelle due au péché par la grâce de Dieu et les mérites des Saints, elles s'inscrivent dans une démarche de pénitence (dont nous ne sommes pas affranchis) et de
conversion (dont nous ne pouvons faire l'économie) : c’est la raison pour laquelle leur réception est conditionnée à un certain nombre de pratiques, destinées à manifester notre repentir. Par exemple, à l’occasion du Jubilé célébré à Ars pour le 150e anniversaire de la mort du Saint Curé, une démarche en cinq points a été proposée aux pèlerins :

« 1) passer la Porte Sainte, c’est-à-dire poser un acte de foi, choisir le Christ comme unique Sauveur et donc refuser ce qui m’en éloigne ;
2) se laisser laver par la Miséricorde dans le sacrement de pénitence ;
3) se laisser nourrir par Dieu par l’Eucharistie et la communion ;
4) prendre un temps de prière aux intentions du Saint Père (…) ;
5) choisir un acte de charité et le mettre en œuvre.


Il s’agit ainsi d’ouvrir notre cœur et d’entrer, avec la grâce de Dieu, dans un chemin de conversion et donc de sainteté »
. (P. Nault, p. 11 et 12).

C’est donc à la mesure de notre amour que nous recevons le don des indulgences. Celles-ci n'ont aucun caractère magique. Ainsi qu’il en est également de la prière ou du sacrement de réconciliation, la grâce de l'indulgence n’agit que dans la mesure où mon cœur est suffisamment ouvert pour la recevoir. Il en résulte que l’indulgence ne présente aucun caractère automatique.
« La théologie catholique (…) ne peut nullement garantir que, même dans le cas de l’indulgence plénière, la peine temporelle encore due au péché est entièrement remise par Dieu. Pour l’Eglise, la conversion est toujours nécessaire, sinon l’indulgence plénière ne serait qu’illusion. Pas d’indulgence plénière sans contrition parfaite » (P. Bertrand de Margerie, p. 13).


Rappelons ici que les indulgences peuvent être obtenues pour soi-même ou pour nos frères défunts ; que si nous ne pouvons en faire bénéficier des frères ou des sœurs vivants (en raison de l’exigence de conversion que leur réception suppose, et que nous ne pouvons satisfaire à leur place), nous pouvons les appliquer à nos frères défunts qui, eux, ne peuvent plus rien pour leur propre sanctification.
« En clair, (…) ces âmes ont besoin de notre prière pour que le Seigneur leur donne les soins nécessaires. C’est un bien grand mystère qui peut étonner, voire même choquer. Mais si l’on prend le parti de se dire que l’Eglise est inspirée, on peut trouver magnifique que Dieu nous veuille aussi solidaire les uns des autres ; tant dans le mal que dans le bien. En somme, comme dans une famille ! » (Florent Triadot, p. 21).

Vous trouverez également dans ce remarquable dernier numéro de « Chemins d’espérance » un témoignage poignant de Tim Guénard, raconté par son épouse (vous saurez pourquoi en lisant la revue). Et aussi un petit livret contenant quelques prières indulgenciées (pleinement ou partiellement) qui est un trésor à soi tout seul. Saviez-vous ainsi qu’adorer le Seigneur une demi-heure devant le Saint Sacrement nous vaut une indulgence plénière ? Qu’il en est ainsi également avec la prière du Rosaire ? Que le fait pour les fidèles de chanter à la messe le « Âme du Christ » de Saint Ignace de Loyola en action de grâce après la communion leur obtient une indulgence partielle ?...

Redécouvrons donc ce trésor des indulgences afin de plonger dans le cœur de la Miséricorde divine, et cueillir ainsi abondamment les fruits de notre Rédemption.
« Rendez-vous compte qu’un fidèle qui fait une démarche d’indulgence en vérité et meurt peut aller directement au Ciel ! » (P. Nault, p. 13)


Ø Pour approfondir la réflexion sur les notions de réparation et de Justice, sur les indulgences et le Purgatoire, relire "La réparation, le feu purificateur et la Justice de Dieu"
Ø Pour approfondir la réflexion sur les fins dernières, relire "Réflexions et méditations sur les fins dernières"

Par Matthieu BOUCART - Publié dans : Questions sur la foi - Communauté : Praedicatho.com
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Dimanche 15 novembre 2009

Le 26 février 2009, le pape Benoît XVI a rencontré les curés et les prêtres du diocèse de Rome, comme il le fait chaque année en début du carême. Les prêtres ont posé plusieurs questions sur différents thèmes dont celle-ci.

Question –
Le père Giuseppe Forlai, vicaire de la paroisse San Giovanni Crisostomo, située au nord du diocèse, a souhaité interroger le pape sur deux aspects de l'urgence éducative. Alors que les jeunes prêtres sont souvent appelés à changer de paroisse, le père Giuseppe Forlai a tout d'abord évoqué l'importance d'une présence continue du prêtre aux côtés des jeunes, d'une certaine stabilité pour pouvoir éduquer sur la durée. Il a ensuite mis en avant la nécessité de former les jeunes culturellement, parce qu'un « jeune sans culture peut devenir le pauvre de demain ».

Benoît XVI –
Commençons par le second point. Disons qu'il est plus vaste et, dans un certain sens, plus facile aussi. Il est certain qu'un patronage paroissial dans lequel on ne ferait que des jeux, dans lequel on ne ferait que consommer des boissons, serait absolument superflu. Le sens d'un patronage doit réellement être celui de la formation culturelle, humaine et chrétienne d'une personnalité qui doit devenir mature. Sur ce point, nous sommes parfaitement d'accord et il me semble qu'il y a, aujourd'hui particulièrement, une pauvreté culturelle : on sait beaucoup de choses mais il n'y a pas de cœur, il n'y a pas de lien intérieur parce qu'il manque une vision commune du monde. Et c'est pourquoi une solution culturelle inspirée de la foi de l'Eglise, de la connaissance de Dieu qu'elle nous a donnée, est absolument nécessaire. Je dirais que c'est cela la fonction d'un patronage : qu'un jeune trouve non seulement des activités pour son temps libre, mais qu'il trouve surtout une formation humaine intégrale qui complète sa personnalité.

Naturellement, le prêtre éducateur doit lui-même être bien formé et être présent dans la culture d'aujourd'hui. Il doit posséder une grande culture, pour pouvoir aider les jeunes à entrer dans une culture inspirée de
la foi. J'ajouterais naturellement que le point d'orientation de toute culture est finalement Dieu, Dieu présent dans le Christ. Nous voyons aujourd'hui qu'il y a des personnes qui ont beaucoup de connaissances mais qui n'ont pas d'orientation intérieure. Dans ce cas, la science peut être dangereuse pour l'homme parce que si l'homme n'a pas d'orientations éthiques profondes, elle l'abandonne à l'arbitraire, et il avance, privé des orientations nécessaires pour devenir réellement un homme. En ce sens, le cœur de toute formation culturelle, particulièrement nécessaire, doit sans aucun doute être la foi : connaître le visage de Dieu qui s'est révélé dans le Christ, et avoir ainsi un point d'orientation pour toute la culture, qui, autrement, est désorientée et déstabilisante. Une culture sans connaissance personnelle de Dieu et sans connaissance du visage de Dieu dans le Christ est une culture qui pourrait être destructrice, parce qu'elle ne reconnaît pas les orientations éthiques nécessaires. En ce sens, il me semble que nous avons réellement une mission de formation culturelle et humaine profonde, qui s'ouvre à toutes les richesses de la culture de notre temps, mais qui nous donne aussi un critère, un discernement pour montrer dans quelle mesure il s'agit d'une culture véritable et dans quelle mesure elle pourrait devenir une anti-culture.

La première question est beaucoup plus difficile pour moi. Elle concerne la durée du séjour du jeune prêtre pour que celui-ci puisse donner une orientation aux jeunes. La relation personnelle (du jeune) avec l'éducateur est sans aucun doute importante, de même que celle de pouvoir compter sur une certaine durée pour s'orienter ensemble. Et, en ce sens, je suis d'accord sur le fait que le prêtre, point de référence pour les jeunes, ne peut changer tous les jours, sinon les jeunes perdent justement cette orientation. Mais d'un autre côté, le jeune prêtre doit aussi faire des expériences différentes dans des contextes culturels variés, pour arriver finalement à acquérir le bagage culturel nécessaire pour être, comme curé, un point de référence à long terme dans
la paroisse. Et je dirais que, dans la vie d'un jeune, les dimensions du temps sont différentes de celles d'un adulte. Les trois années, de 16 à 19 ans, sont au moins aussi longues et importantes que les années entre quarante et cinquante ans. C'est à ce moment-là, en effet, que la personnalité se forme : c'est un chemin intérieur de grande importance, de grande extension existentielle. C'est pourquoi je dirais que trois ans pour un vicaire, c'est une bonne période pour former une génération de jeunes ; et il peut ainsi, d'autre part, connaître d'autres contextes, expérimenter d'autres situations dans d'autres paroisses, enrichir son bagage humain. C'est une période assez longue pour avoir une certaine continuité, un chemin éducatif de l'expérience commune, de l'apprentissage comme être humain. Par ailleurs, comme je l'ai dit, trois ans dans la jeunesse constituent un temps décisif et très long, parce que c'est là que se forme réellement la personnalité future. Il me semble donc que l'on pourrait concilier les deux besoins : d'une part, que le jeune prêtre ait la possibilité de vivre des expériences diverses pour enrichir son bagage d'expérience humaine ; d'autre part, la nécessité de rester un temps déterminé avec les jeunes pour les introduire réellement dans la vie, pour leur enseigner à être des personnes humaines. En ce sens, je pense qu'il faut concilier les deux aspects : des expériences diverses pour un jeune prêtre et la continuité de l'accompagnement des jeunes pour les guider dans la vie.

 

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Par Matthieu BOUCART - Publié dans : Benoit XVI - Communauté : Le champ du monde
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Samedi 14 novembre 2009

Père François-Marie Maurin
envoyé par KTOTV



[Qui connait mieux les hommes que le prêtre? demandait le Pape Benoît XVI lors de sa rencontre avec les curés et les prêtres du diocèse de Rome, le 26 février 2009.]
Par Matthieu BOUCART - Publié dans : Vocations - Communauté : Communauté spirituelle
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Samedi 14 novembre 2009

Le 26 février 2009, le pape Benoît XVI a rencontré les curés et les prêtres du diocèse de Rome, comme il le fait chaque année en début du carême. Les prêtres ont posé plusieurs questions sur différents thèmes dont celle-ci :

Question :
Don Fabio Rosini, curé de Santa Francesca Romana all'Ardeatino, a transmis sa préoccupation concernant le processus de sécularisation et à ses conséquences sociales et existentielles, qui fait que l'on doit revenir à une première annonce de l'Evangile. Les expériences de première annonce se multiplient actuellement, avec même des résultats très encourageants, explique-t-il. Mais un succès pastoral, paradoxalement, peut masquer une erreur, une approche mal définie, qui n'apparaît peut-être pas tout de suite, précise-t-il. Don Rosini a demandé au pape quels devraient être les critères indispensables pour mener cette action urgente d'évangélisation et ...quels sont les éléments qui garantiront que tous ces efforts de la pastorale pour annoncer l'évangile à la nouvelle génération ne seront pas en vain.

Benoît XVI –
Je me réjouis d'entendre que cette première annonce se fait effectivement, que l'on va au-delà des limites de la communauté des fidèles, de la paroisse, à la recherche des « brebis perdues » ; que l'on s'efforce d'aller à la rencontre de l'homme d'aujourd'hui qui vit sans le Christ, qui a oublié le Christ, pour lui annoncer l'Evangile. Et je suis heureux d'entendre que non seulement cela, mais des résultats chiffrés encourageants sont obtenus. Je vois donc, que vous êtes capables de parler aux personnes en qui la foi doit se refonder, ou même se fonder.

Pour cette tâche concrète, je n'ai pas de recettes : les routes à suivre sont des plus diverses, en fonction des personnes, de leurs professions, de la diversité de leurs situations. Le catéchisme indique l'essence de ce qu'il faut annoncer. Mais c'est à celui qui connaît les situations qu'il appartient de suivre les indications, de trouver une méthode pour ouvrir les coeurs et inviter à se mettre en chemin avec le Seigneur et avec l'Eglise.

Vous parlez des critères de discernement pour ne pas courir en vain. Je voudrais tout d'abord dire que les deux parties sont importantes. La communauté des fidèles est une chose précieuse et nous ne devrions pas sous-estimer – sans pour autant cesser de regarder du côté de ceux, nombreux, qui en sont loin – la réalité positive et belle que constituent ces fidèles. Ils ont dit oui au Seigneur dans l'Eglise, ils cherchent à vivre leur foi, s'efforcent de marcher sur les traces du Seigneur. Comme nous l'avons déjà dit en répondant à la première question, nous devons aider ces fidèles à distinguer la présence de la foi, à comprendre qu'elle n'est pas du passé ; mais que, aujourd'hui même, elle montre la route, enseigne à vivre notre vie d'homme. Il est très important qu'ils trouvent vraiment en leur curé un pasteur qui les aime et les aide à être à l'écoute, aujourd'hui, de la Parole de Dieu ; à comprendre qu'il s'agit d'une parole pour eux et pas seulement pour les personnes du passé ou de l'avenir ; qui les aide, encore, dans la vie sacramentelle, dans l'expérience de la prière, dans l'écoute de la Parole de Dieu et dans une vie de justice et de charité, afin que les chrétiens puissent être un ferment dans notre société confrontée à de si nombreux problèmes et périls, une si grande corruption.

De cette façon, je pense qu'ils peuvent également envisager un rôle missionnaire « sans paroles », car il s'agit de personnes qui vivent en vérité une vie juste. Et elles offrent ainsi un témoignage de la manière dont il est possible de vivre sur les chemins indiqués par le Seigneur. Notre société a besoin justement de ces communautés, capables de vivre aujourd'hui la justice non seulement pour elles-mêmes, mais également pour les autres. De personnes qui, comme nous l'avons entendu dans la première lecture d'aujourd'hui, sachent vivre
la vie. Cette lecture dit au début : « Choisis la vie » : il est facile de répondre oui. Mais ensuite elle poursuit : « Ta vie est Dieu ». Par conséquent, choisir la vie, c'est choisir l'option pour la vie, et cette option est Dieu. S'il y a des personnes ou des communautés qui font ce choix complet de vie et rendent visible le fait que la vie qu'ils ont choisie est réellement la vie, ils rendent un témoignage de très grande valeur.

Et j'en viens à ma seconde réflexion.
Pour l'annonce, nous avons besoin des deux éléments : la Parole et le témoignage. Comme nous le savons par le Seigneur lui-même, la Parole est nécessaire. Elle nous dit ce qu'Il nous a dit, fait apparaître la vérité de Dieu, la présence de Dieu dans le Christ, le chemin qui s'ouvre devant nous. Il s'agit donc d'une annonce dans le présent, comme vous l'avez dit, qui traduit les paroles du passé dans le monde de notre expérience. Il est absolument indispensable, fondamental, de donner, à travers le témoignage, de la crédibilité à cette Parole, afin qu'elle n'apparaisse pas seulement comme une belle philosophie, une utopie, mais plutôt comme la réalité. Une réalité avec laquelle on peut vivre, mais aussi une réalité qui nous fait vivre. Et en ce sens, il me semble que le témoignage de la communauté des croyants, comme fondement de la Parole, de l'annonce, est de première importance. Avec la Parole, nous devons ouvrir des lieux d'expérience de la foi à ceux qui sont à la recherche de Dieu. C'est ce que l'Eglise primitive a fait avec le catéchuménat, qui ne se bornait pas à une simple catéchèse, quelque chose de doctrinal : il constituait un lieu d'expérience progressive de la vie de la foi, dans laquelle se dévoile ensuite également la Parole, qui ne devient compréhensible que si elle est interprétée dans la vie, réalisée dans la vie.

Voilà pourquoi, selon moi,
il est important d'avoir, en même temps que la Parole, un lieu d'accueil de la foi, un lieu où s'opère une expérience progressive de la foi. Et je vois ici une autre tâche de la paroisse : l'accueil de ceux qui ne connaissent pas cette vie caractéristique de la communauté paroissiale. Nous ne devons pas constituer un cercle refermé sur nous-mêmes. Nous avons nos habitudes ; néanmoins, nous devons nous ouvrir et chercher à créer également des « vestibules », c'est-à-dire des espaces de rencontre. Quelqu'un qui vient de loin ne peut pas pénétrer immédiatement dans la vie déjà bien constituée d'une paroisse, qui a ses habitudes. Pour le nouveau venu, sur le moment tout est surprenant, loin de sa vie. Nous devons donc chercher à créer, avec l'aide de la Parole, ce que l'Eglise primitive a créé avec les catéchuménats : des espaces où commencer à vivre la Parole, à suivre la Parole, à la rendre compréhensible et réaliste, correspondent à des formes d'expérience réelle. En ce sens, ce que vous avez évoqué me paraît très important, c'est-à-dire la nécessité de lier la Parole au témoignage d'une vie juste, d'être là pour les autres, de s'ouvrir aux pauvres et aux nécessiteux, mais aussi aux riches, qui ont besoin de voir leur cœur s'ouvrir, d'entendre frapper à leur cœur. Il s'agit donc d'espaces les plus divers, en fonction de la situation.

Il y a, me semble-t-il, peu à dire sur le plan théorique, mais l'expérience concrète montrera la route à suivre.
Et, bien entendu – un critère toujours important à respecter – il faut être dans la grande communion de l'Eglise, même dans un espace peut-être encore un peu lointain : ce qui signifie en communion avec l'évêque, avec le pape, en communion ainsi avec le grand passé et avec le grand avenir de l'Eglise. En effet, être dans l'Eglise catholique n'implique pas seulement se trouver sur une grande route qui nous précède, mais aussi avec la perspective d'une large ouverture sur l'avenir. Un avenir qui ne s'ouvre que de cette façon. On pourrait peut-être poursuivre en parlant des contenus, mais nous aurons une autre occasion de le faire.

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Par Matthieu BOUCART - Publié dans : Benoit XVI - Communauté : Diverses croyances...
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Vendredi 13 novembre 2009

Le 26 février 2009, le pape Benoît XVI a rencontré les curés et les prêtres du diocèse de Rome, comme il le fait chaque année en début du carême. Les prêtres ont posé plusieurs questions sur différents thèmes dont celle-ci :

Question :
Face au monde réel, aux personnes blessées par la vie, les prêtres de paroisse se sentent souvent mal préparés ou de manière inadaptée. S'adressant au Saint Père, le père Gianpiero Palmieri, curé de la paroisse San Frumenzio ai Prati Fiscali, s'est interrogé sur la manière d'aider ces personnes à rencontrer le Christ sans tomber dans des raisonnements trop schématiques.

Benoît XVI –
Merci ! Chers confrères, je voudrais avant tout exprimer ma grande joie d'être parmi vous, prêtres de Rome : mes prêtres, nous sommes en famille. Le cardinal vicaire nous a bien dit que c'est un moment de repos spirituel. En ce sens, je suis aussi reconnaissant de pouvoir commencer le Carême par un moment de repos spirituel, de respiration spirituelle, en contact avec vous. Et il a aussi ajouté : nous sommes ensemble pour que vous puissiez me raconter vos expériences, vos souffrances, comme vos succès et vos joies. Je ne dirais donc pas que celui qui parle ici, auquel vous vous adressez, est un oracle. Nous sommes au contraire dans un échange familial, où il est aussi pour moi très important, à travers vous, de connaître la vie des paroisses, vos expériences avec la Parole de Dieu dans le contexte de notre monde d'aujourd'hui. Et je voudrais apprendre moi aussi à m'approcher de la réalité dont celui qui habite le Palais Apostolique est un peu trop éloigné. Et c'est aussi la limite de mes réponses.

Vous vivez en contact direct, jour après jour, avec le monde d'aujourd'hui ; je vis avec des contacts divers, qui sont très utiles. Par exemple, je viens de recevoir la visite « ad limina » des évêques du Nigeria. Et j'ai pu voir ainsi, à travers ces personnes, la vie de l'Eglise dans un pays important d'Afrique, le plus grand, avec 140 millions d'habitants, un grand nombre de catholiques, et entrevoir la joie et aussi les souffrances de l'Eglise. Mais pour moi, ceci est évidemment un repos spirituel, parce que c'est une Eglise comme nous la voyons dans les Actes des Apôtres. Une Eglise où il y a une joie toute nouvelle d'avoir trouvé le Christ, d'avoir trouvé le Messie de Dieu. Une Eglise qui vit et grandit chaque jour. La population est heureuse d'avoir trouvé le Christ. Ils ont des vocations et peuvent ainsi donner, dans plusieurs pays du monde, des prêtres fidei donum. Et c'est bien sûr un rafraîchissement spirituel de voir que l'Eglise n'est pas seulement fatiguée, comme souvent en Europe, mais qu'il existe une Eglise jeune, pleine de la joie de l'Esprit Saint. Mais il est aussi important pour moi, avec toutes ces expériences universelles, de voir mon diocèse, les problèmes et toutes les réalités vécus dans ce diocèse.

En ce sens et en substance, je suis d'accord avec vous :
ce n'est pas suffisant de prêcher ou de faire de la pastorale avec le bagage précieux acquis durant les études de théologie. Cela est important et fondamental, mais doit être personnalisé : (il faut passer) d'une connaissance académique que nous avons apprise et sur laquelle nous avons réfléchie, à une vision personnelle de notre propre vie pour arriver aux autres. En ce sens, je voudrais dire qu'il est essentiel, d'une part, de concrétiser les mots importants de la foi, par notre expérience personnelle de la foi, dans la rencontre avec nos paroissiens, mais aussi de ne pas perdre la simplicité (de la foi). Naturellement, des mots importants de la tradition – comme sacrifice d'expiation, rédemption du sacrifice du Christ, péché originel – sont aujourd'hui incompréhensibles comme tels. Nous ne pouvons pas travailler simplement avec de grandes formules, vraies, mais qui ne trouvent plus leur contexte dans le monde d'aujourd'hui. Nous devons, par l'étude et ce que nous disent les maîtres de la théologie et notre expérience personnelle de Dieu, concrétiser, traduire ces mots importants, afin qu'ils puissent entrer dans l'annonce de Dieu aux hommes d'aujourd'hui.

Et je dirais, d'autre part, qu'il ne faut pas recouvrir la simplicité de la Parole de Dieu par des jugements trop lourds d'approches humaines.
Je me souviens d'un ami qui, après avoir écouté des prédications avec de longues réflexions anthropologiques pour en arriver à l'Evangile disait : mais ces approches ne m'intéressent pas, je voudrais comprendre ce que dit l'Evangile ! Et il me semble souvent qu'au lieu de longs chemins d'approche, il serait mieux – je l'ai fait quand j'étais encore dans ma vie normale – de dire que cet Evangile ne nous plaît pas, que nous sommes contre ce que dit le Seigneur ! Mais qu'est-ce que cela veut dire ? Si je dis sincèrement que je ne suis pas d'accord à première vue, j'attire déjà l'attention : on voit que je voudrais, en tant qu'homme d'aujourd'hui, comprendre ce que dit le Seigneur. Nous pouvons ainsi, sans emprunter de longs chemins, entrer dans le vif de la Parole. Et nous devons aussi tenir compte, sans faire de fausses simplifications, du fait que les douze apôtres étaient des pêcheurs, des artisans, de cette province de Galilée, sans préparation particulière, sans connaissance du grand monde grec et latin. Et pourtant, ils sont allés dans tout l'Empire et même en dehors, jusqu'en Inde, et ils ont annoncé le Christ avec simplicité et avec la force de la simplicité de ce qui est vrai. Et il me semble que cela aussi est important : ne perdons pas la simplicité de la vérité. Dieu existe, et Dieu n'est pas un être hypothétique, lointain, mais il est proche, il a parlé avec nous, il a parlé avec moi. Et ainsi, nous affirmons simplement ce qui est et comment on peut, (comment) il faut naturellement expliquer et développer. Mais ne perdons pas de vue que nous ne proposons pas des réflexions, que nous ne proposons pas une philosophie, mais que nous proposons l'annonce simple de ce Dieu qui a agi. Qui a aussi agi avec moi.

Et puis pour le contexte culturel, romain – qui est absolument nécessaire – je dirais que la première aide est notre expérience personnelle.
Nous ne vivons pas sur la lune. Je suis un homme de ce temps et si je vis sincèrement ma foi dans la culture d'aujourd'hui, comme une personne qui vit avec les médias d'aujourd'hui, avec les échanges, avec les réalités de l'économie ; avec tout cela, si je prends au sérieux cette expérience et que je cherche à personnaliser en moi cette réalité, alors je peux me faire comprendre des autres. Saint Bernard de Clairvaux a dit à son disciple le pape Eugène, dans son livre de considérations : considère que tu bois à ta propre source, c'est-à-dire à ta propre humanité. Si tu es sincère avec toi-même et que tu commences à voir à partir de toi ce qu'est la foi, par ton expérience humaine, buvant à ton propre puits, comme dit saint Bernard, tu peux aussi dire aux autres ce qu'il faut dire. Et en ce sens, il me semble important d'être réellement attentifs au monde d'aujourd'hui, et d'être aussi attentifs au Seigneur en nous : être un homme de ce temps et en même temps un homme qui croit au Christ, qui transforme le message éternel en message actuel.

Qui connaît mieux les hommes d'aujourd'hui que le prêtre ?
Le presbytère n'est pas dans le monde, il est au contraire dans
la paroisse. Et ici, les hommes viennent souvent, normalement, voir le prêtre, sans masque. Ils ne viennent pas avec des prétextes mais dans des situations de souffrance, de maladie, de mort, avec des questions familiales. Ils viennent au confessionnal sans masque, avec leur personnalité. Aucune autre profession, me semble-t-il, ne donne cette possibilité de connaître l'homme comme il est dans son humanité et non pas dans le rôle qu'il joue dans la société. En ce sens, nous pouvons réellement étudier comment il est dans sa profondeur, quand il ne joue pas un rôle, et apprendre nous aussi qui est l'être humain, l'être humain à l'école du Christ.
En ce sens, je dirais qu'il est absolument important d'apprendre qui est l'homme, l'homme d'aujourd'hui, en nous et avec les autres, mais toujours dans l'écoute attentive au Seigneur et en acceptant en nous la semence de la Parole, parce qu'en nous elle se transforme en fruit et devient communicable aux autres.


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Par Matthieu BOUCART - Publié dans : Benoit XVI - Communauté : Benoit XVI
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Jeudi 12 novembre 2009

Extrait du Message du Pape Benoît XVI pour la Journée Mondiale des Missions 2008.

Chers Frères et Sœurs,

À l'occasion de la Journée mondiale des Missions, je voudrais vous inviter à réfléchir sur l'urgence qui demeure d'annoncer encore l'Évangile à notre époque. Le mandat missionnaire continue d'être une priorité absolue pour tous les baptisés, appelés à être « serviteurs et apôtre du Christ Jésus » en ce début de millénaire. Mon vénéré prédécesseur, le Serviteur de Dieu Paul VI, affirmait déjà, dans l'Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi que « évangéliser est la grâce et la vocation propre de l'Église, son identité la plus profonde » (n. 14).
Comme modèle de cet engagement apostolique, je voudrais indiquer en particulier saint Paul, l'Apôtre des nations, puisque nous célébrons cette année un jubilé spécial qui lui est consacré. C'est l'Année paulinienne qui nous offre l'opportunité de nous familiariser avec cet insigne Apôtre, qui eut pour vocation de proclamer l'Évangile aux Gentils, selon ce que le Seigneur lui avait annoncé : « Va, c'est au loin, vers les païens, que moi, je veux t'envoyer » (Ac 22, 21). Comment ne pas saisir l'occasion offerte par ce jubilé spécial aux Églises locales, aux communautés chrétiennes et aux fidèles, pour diffuser jusqu'aux frontières les plus reculées du monde l'annonce de l'Évangile, puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit (Rm 1, 16) ?

L'humanité a besoin d'être libérée et rachetée. La Création elle-même – dit saint Paul – souffre et nourrit l'espoir d'entrer dans la liberté des enfants de Dieu (cf. Rm 8, 19-22). Ces paroles sont également vraies dans le monde d'aujourd'hui. La Création souffre. L'humanité souffre et attend la vraie liberté, elle attend un monde différent, meilleur ; elle attend la « rédemption ». Et, au fond, elle sait que ce monde nouveau attendu suppose un homme nouveau, suppose des « enfants de Dieu ».
Voyons de plus près la situation du monde d'aujourd'hui. Si, d'une part, le panorama international présente des perspectives de développement économique et social prometteur, de l'autre, il offre à notre attention de fortes préoccupations en ce qui concerne l'avenir même de l'homme. La violence, dans de nombreux cas, caractérise les relations entre les individus et les peuples ; la pauvreté opprime des millions d'habitants ; les discriminations et, parfois même, les persécutions pour motifs raciaux, culturels et religieux poussent beaucoup de gens à fuir leur pays pour chercher ailleurs refuge et protection ; le progrès technologique, lorsqu'il n'a pas pour objectif final la dignité et le bien de l'homme et n'est pas voué au développement solidaire perd sa potentialité comme facteur d'espérance et risque même plutôt d'accroître les déséquilibres et les injustices déjà existants. En outre, une menace constante sur la relation entre l'homme et l'environnement, en raison de l'usage irréfléchi des ressources, entraîne des répercussions sur la santé physique et mentale de l'être humain. L'avenir de l'homme est aussi menacé par les atteintes contre sa vie, atteintes revêtant diverses formes et modalités.

Face à ce scénario, « une inquiétude nous saisit et nous nous interrogeons avec un mélange d'espoir et d'angoisse » (cf. Const. Gaudium et spes, 4) et, préoccupés, nous nous demandons :
Qu'en sera-t-il de l'humanité et de la Création ? Y a-t-il une espérance pour l'avenir où, mieux encore, existe-t-il un avenir pour l'humanité ? Et comment sera cet avenir ? La réponse à ces interrogations, pour nous, chrétiens, provient de l'Évangile. Le Christ est notre avenir et, comme je l'ai écrit dans la Lettre encyclique Spe salvi, son Évangile est communication qui « change la vie », donne l'espérance, ouvre toute grande la porte du temps et illumine l'avenir de l'humanité et de l'univers (cf. n. 2).

Saint Paul avait bien compris que l'humanité ne peut trouver la rédemption et l'espérance que dans le Christ. C'est pourquoi il ressentait, impérieusement et avec urgence, la mission d' « annoncer la promesse de la vie qui est le Christ Jésus » (2 Tm 1, 1), « notre espérance » (1 Tm 1, 1), pour que tous puissent participer au même héritage et avoir part à la promesse par le moyen de l'Évangile (cf. Ep 3, 6). Il était conscient que, privée du Christ, l'humanité est « sans espérance et sans Dieu dans le monde (Ep 2, 12), sans espérance parce que sans Dieu » (Spe salvi, 3). En effet, « celui qui ne connaît pas Dieu, tout en pouvant avoir de multiples espérances, est dans le fond sans espérance, sans la grande espérance qui soutient toute l'existence (cf. Ep 2, 12) » (Ibid., 27).

C'est donc un impérieux devoir pour tous d'annoncer le Christ et son message salvifique. « Malheur à moi, affirmait saint Paul, si je n'annonçais pas l'Évangile » (1 Co 9, 16). Sur le chemin de Damas, il avait fait l'expérience et compris que la rédemption et la mission sont l'œuvre de Dieu et de son amour.
L'amour du Christ le conduisit à parcourir les routes de l'Empire romain comme héraut, apôtre, propagateur, maître de l'Évangile, dont il se proclamait « ambassadeur dans les chaînes » (Ep 6, 20). La charité divine le rendit « tout à tous, afin d'en sauver à tout prix quelques-uns » (1 Co 9, 22). En considérant l'expérience de saint Paul, nous comprenons que l'activité missionnaire est une réponse à l'amour par lequel Dieu nous aime. Son amour nous rachète et nous aiguillonne vers la missio ad gentes ; c'est l'énergie spirituelle capable de faire grandir dans la famille humaine l'harmonie, la justice, la communion entre les personnes, les races et les peuples, auxquelles tous aspirent (cf. Enc. Deus caritas est, 12). C'est donc Dieu, qui est Amour, qui conduit l'Église vers les frontières de l'humanité et qui appelle les évangélisateurs à s'abreuver « à la source première et originelle qui est Jésus-Christ, du cœur transpercé duquel jaillit l'amour de Dieu » (Deus caritas est, 7). Ce n'est qu'à partir de cette source que l'on peut puiser l'attention, la tendresse, la compassion, l'accueil, la disponibilité, l'intérêt pour les problèmes des gens, et les autres vertus nécessaires aux messagers de l'Évangile pour tout quitter et se consacrer entièrement et inconditionnellement à la diffusion dans le monde du parfum de la charité du Christ.

Alors que la première évangélisation reste nécessaire et urgente dans de nombreuses régions du monde, le manque de clergé et de vocations affligent aujourd'hui divers diocèses et Instituts de vie consacrée.
Il est important de réaffirmer que, malgré la présence de difficultés croissantes, le mandat du Christ d'évangéliser tous les peuples demeure une priorité. Aucune raison peut en justifier un ralentissement ou une stagnation, car « le mandat d'évangéliser tous les hommes constitue la vie et la mission essentielle de l'Église » (Paul VI Exhort. ap. Evangelii nuntiandi, 14). Mission qui « en est encore à ses débuts et nous devons nous engager de toutes nos forces à son service » (Jean-Paul II, Enc. Redemptoris missio, 1). Comment ne pas penser ici au Macédonien qui, étant apparu en songe à Paul, criait : « Viens en Macédoine et aide-nous ». Ils sont nombreux aujourd'hui ceux qui attendent l'annonce de l'Évangile, ceux qui ont soif d'espérance et d'amour (…).

Chers frères et sœurs, « duc in altum » ! Prenons le large sur la vaste mer du monde et, suivant l'invitation de Jésus, jetons sans peur nos filets, confiants en son aide constante.
Saint Paul nous rappelle que prêcher l'Évangile n'est pas un titre de gloire (cf. 1 Co 9, 16), mais un devoir et une joie. Chers frères évêques, suivant l'exemple de Paul, que chacun se sente « prisonnier du Christ à cause des païens » (Ep 3, 1), en sachant qu'il peut compter, dans les difficultés et dans les épreuves, sur la force qui nous vient de lui (…).

Chers fidèles laïcs, vous êtes tous appelés à prendre part à la diffusion de l'Évangile, d'une manière toujours plus importante, vous qui œuvrez dans les différents milieux de la société. Un aréopage complexe et multiforme à évangéliser s'ouvre ainsi devant vous : le monde. Témoignez par votre vie que les chrétiens « appartiennent à une société nouvelle, vers laquelle ils sont en chemin et qui, dans leur pèlerinage, est déjà anticipée » (Spe salvi, 4).

(…) Que s'intensifie toujours davantage au sein du peuple chrétien la prière, indispensable moyen spirituel pour répandre parmi tous les peuples la lumière du Christ, « lumière par antonomase » qui éclaire « les ténèbres de l'histoire » (Spe salvi, 49).

Du Vatican, le 11 mai 2008.

Par Matthieu BOUCART - Publié dans : Benoit XVI - Communauté : Le champ du monde
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Mardi 10 novembre 2009

« Le sauveur Jésus nous offrit l'exemple de la vie active, lorsque pendant le jour il se consacrait à offrir des signes et des miracles en ville, mais il montrait la voie contemplative lorsqu'il se retirait sur la montagne et y passait la nuit en se consacrant à la prière.

« C'est pourquoi le serviteur de Dieu, en imitant le Christ, doit se consacrer à la contemplation sans se refuser à la vie active. Se comporter différemment ne serait pas juste. En effet,
de même que l'on aime Dieu à travers la contemplation, on doit aimer son prochain à travers l'action. Il est donc impossible de vivre sans la présence de l'une et de l'autre forme de vie à la fois, et il n'est pas possible d'aimer si l'on ne fait pas l'expérience de l'une comme de l'autre. »

 

Isidore de Séville

Par Matthieu BOUCART - Publié dans : Réflexions & Méditations - Communauté : Communauté spirituelle
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